De Rêves en Livres…

Le « gay » au cinéma dans les années 60, et 70

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Nobody’s perfect ! Voilà l’expression la plus célèbre du cinéma qui va changer le regard sur les gays. Nous sommes en 1959… et l’on va ENFIN commencer à montrer l’homosexualité à l’écran, mais seulement si vous savez lire entre les lignes, interpréter les regards ou les gestes ambigus. Les péplums nous offrent de jolies scènes : ce fut raté pour le superbe Spartacus de Kubrick où la fameuse scène de bain (où Laurence Olivier tente de séduire Tony Curtis) fut alors coupée pour être restaurée dans la version de 1991. Cependant, si vous revoyez un film comme Ben Hur, il est évident (et Wyler lui a demandé de jouer ainsi) que Stephen Boyd, meilleur ami dans l’histoire de Charlton Heston (Ben Hur) et qui le trahit d’ignoble façon… est en fait fou amoureux de son « ami », soit une homosexualité non assumée qui se transforme en haine quand notre héros tombe amoureux d’une femme. Même si les historiens du cinéma ont assuré que c’est un fait avéré, Charlton Heston s’est offusqué de ce « détail » et a refusé d’y accorder foi, au vu des opinions très très de droite de celui qui fut le tribun des porteurs d’armes !

Nobody’s perfect ! Oui, réplique finale, en éclat de rire général pour Certains l’aiment chaud, lorsque Joe E. Brown fou amoureux de Jack Lemmon déguisé en fille et qui ne sait plus quoi répondre à sa demande en mariage, et qui lui lance alors en désespoir de cause : je suis une femme ! Comme si… cela n’avait pas d’importance. Juste avant que l’homosexualité soit alors traitée avec une légèreté souriante et indulgente, un autre film va faire trembler Hollywood : Soudain l’été dernier, de Mankiewicz, qui voit une jeune femme instable, internée à la suite d’une dépression nerveuse parce qu’elle a assisté à la mort horrible de son charismatique et riche cousin. Le psychiatre, Montgomery Clift (un des rares acteurs homosexuels plus ou moins assumés de la capitale du cinéma) mène l’enquête pour s’apercevoir que lorsque le jeune homme n’étais pas sous la coupe d’une mère abusive qui refuse de voir « la réalité  en face » et préfère son fils mort à ce que l’on pourrait raconter sur lui de « malsain », et bien… il séduisait de jeunes hommes sur les plages latines d’Europe… La scène de lynchage du jeune homme est singulièrement difficile et si l’hystérie « dégoûtée » de Elizabeth Taylor est très très convenue (l’homosexualité est une abomination) la mise à mort du jeune gay nous révulse… L’ambiguïté est ENFIN présente !

C’est une fois de plus William Wyler qui va oser réaliser un film « choquant », la rumeur en 1961, centrée sur une « amitié bien particulière » de deux enseignantes accusées par une élève vengeresse d’homosexualité. Le scénario de la grande Lilian Hellman nous entraîne dans cette relation qui s’avérera être vraiment homosexuelle mais non assumée par les deux protagonistes magnifiquement jouées par Audrey Hepburn et Shirley MacLaine… Mais la vraie révolution vient surtout d’Angleterre où le cinéma bien plus réaliste met en scène dans ce début des années 60 de magnifiques gays assumés comme dans a taste of honey du sulfureux Tony Richardson (l’acteur british Murray Melvin gagnera le prix du meilleur acteur à Cannes pour sa prestation… et deviendra après une formidable carrière théâtrale un grand « méchant » du Docteur Who). Et n’oublions pas Lawrence d’Arabie de David Lean… Même si ce n’est pas exprimé, Peter O’Toole ne montre vraiment aucune ambiguïté ! Un autre film d’auteur anglais de Joseph Losey va intégrer la relation torturée ambivalente de dominant/dominé avec le célèbre et impressionnant The Servant, où Dick Bogarde et James Fox se livrent à une sorte de jeu malsain qui va dégénérer.

Pendant ce temps, en Italie, deux réalisateurs n’hésitent pas, d’une part à afficher leur homosexualité, et d’autre part, à mettre en scène des scénarios provocants : Le premier est Pasolini (où la lutte contre la morale bourgeoise et la religion, la violence, la pornographie et l’homosexualité sont au centre de son œuvre) qui trouvera son apogée avec Salo où les 120 jours de Sodome, œuvre qui reste toujours aussi contestée et surprenante, (sorti en 1975 juste avant que Pasolini ne soit assassiné) et bien évidemment Visconti, où son Ludwig et le crépuscule des dieux, met en scène un Louis II de Bavière (interprété par le dernier amant du réalisateur, le superbe Helmut Berger) fou amoureux de Wagner (qui accepta cette relation plus par opportunisme que par goût). Mais avant celui-ci, le sublime Mort à Venise met en scène un Dick Bogarde (encore lui) vieillissant amoureux d’un adolescent… où l’on parle de la mort, de l’amour et.. d’homosexualité ! Tout cela va loin, très loin, mais pas en France où les amitiés particulières de Jean Delannoy en 1964 (soit deux camarades dans un internat catholique répressif sont évoquées avec un flou artistique qui peut prêter à sourire… Consomment-ils ou non?) Roger Peyrefitte l’auteur du roman (prix Renaudot…) lui n’avait pas laissé d’ambiguïté sur ses préférences sexuelles.

Viennent les années 67, 68… au plus fort de la contestation estudiantine (commencée contre la guerre du Vietnam pour beaucoup de pays) et qui se transforme peu à peu en idéaux de « gauche » pour franchir les tabous… liberté sexuelle, féministe et tutti quanti : Bergman en Suède, avec Persona (une amitié particulière féminine dans une maison de repos), les premiers films sulfureux donc de Pasolini avec Théorème. Parallèlement, nous voici au Canada avec The fox, de Mark Rydell, là encore une amitié passionnée entre deux femmes… John Huston s’y met avec Réflections dans un œil d’or (une fascination entre un militaire vieillissant et une superbe recrue), tout comme Fellini avec son Satyricon qui nous rappelle avec poésie et crudité que l’homosexualité était acceptée dans la Rome Antique…

De sulfureux et provocants réalisateurs vont alors jouer avec l’esthétisme… comme Ken Russell et sa symphonie pathétique, ou Richard Chamberlain joue un Tchaikovsky torturé plus vrai que nature ! Aux Etats-Unis, c’est la pièce de théâtre l’Escalier qui est adaptée, car souvent dans ce pays, c’est le théâtre qui est fortement en avance dans les idées, alors que Hollywood affadit tous les sujets, surtout lorsqu’ils seront brûlants. Il faudra le magnifique Macadam Cowboy, oscar 1969 (interdit au moins de 17 ans, seule exception des oscars toujours tout public). L’empathie sur notre pathétique Dustin Hoffmann alors que John Voight se prostitue avec des hommes pour aider son ami, reste un des chef d’oeuvres du cinéma.

Nous avons donc des héros torturés, qui ont bien du mal à assumer leur vie sexuelle marginale, relations ambiguës où chacun profite de l’autre, où l’amitié se confond avec une attirance amoureuse ou sexuelle… mais 1969 est passée, pour laisser place à une année phare : 1971, où John Schlesinger va mettre en scène en Angleterre (ahhh oui pas en Amérique, là faut pas pousser) un ménage assumé où vont se jouer un jeu de pouvoirs : un dimanche comme les autres, où le chanteur Murray Head va interpréter un bisexuel qui se partage « tranquillement » entre une femme et un homme. Si la difficulté d’accepter ces relations fluctuantes est bien présente, on entre enfin dans la normalité !

En France, en pleine période pornographique (des dizaines de cinéma spécialisés s’ouvrent ou se transforment dans un vent de folie libertaire), on joue sur l’homosexualité esthétique : amours « saphiques », ou jolies gays attitudes comme les contes immoraux de Walerian Bororwczyk, et autres Emmanuelle, où notre héroïne s’en donne à cœur joie avec ses copines entre autres, d’où l’idée absurde que nous les Français, on est au « top » de ces idées d’ouverture, que l’homosexualité est admise avec notre sophistication blasée habituelle. Il faut un film aussi intéressant et fort bien traité comme la meilleure façon de marcher de Claude Miller en 1975 (formidable duo : Patrick Dewaere et Patrick Bouchitey) pour soudain trouver une vraie complexité passionnante, qui sera balayée par le succès public de la cage aux folles, de Molinaro (1978), comédie qui, il faut l’avouer, si elle popularise l’image du gay, va faire aussi beaucoup de mal en véhiculant des clichés qui de nos jours ont vraiment du plomb dans l’aile.

De toute façon, 1975 est une année charnière et peut-être la plus importante pour le cinéma gay : comme je l’ai dit, il y a Salo ou les 120 jours de Sodome de Pasolini, mais des acteurs américains « normaux » et très connus vont jouer enfin des homosexuels « sympathiques » et charismatiques : Al Pacino dans le cultissime un après-midi de chien, par exemple, suivi par Brad Davis (acteur dont l’homosexualité ne fut révélée qu’à sa mort – du sida  – en 1991) dans Midnight Express (d’après une vraie histoire) où la solitude et les sévices poussent notre héros emprisonné dans une prison turque à avoir une relation bien particulière avec un autre co-détenu interprété par le formidable John Hurt… Blake Edwards qui a toujours traité dans TOUS ses films de l’ambiguité sexuelle (il faudrait faire une thèse sur ce metteur en scène), le fait apparaître à l’écran avec de plus en plus d’aplomb, inutile  de citer une de ses œuvres. L’aboutissement évident sera en 1982 : Victor-Victoria dont nous parlerons… prochainement !

Alors que la normalité s’installe à Hollywood, qu’on joue « aux folles » en France dans une envolée bien parisienne pleine de futilité, que l’homosexualité est traitée comme une revendication politique dont l’apogée sera l’exceptionnel et bouleversant drame historique de Ettore Scola, en 1977, une journée particulière, où Marcello Mastroainni interprète un intellectuel gay qui sait que l’Italie est en train de sombrer dans le fascisme, dont la rencontre fugace avec une mère de famille inculte (magistrale Sophia Loren) transformera ces deux êtres à jamais.

                                                                        Marnie de BlueMoon

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